MURSI SURMA / ETHIOPIE

24 Juillet 2017, 14:53

Labret Mursi Surma, Ethiopie / Mursi Suri Surma clay lip plate, Ethiopia. Photo de la jeune femme par Eric Lafforgue

Labret Mursi Surma, Ethiopie / Mursi Suri Surma clay lip plate, Ethiopia. Photo de la jeune femme par Eric Lafforgue

  • Labret Mursi Surma, vallée de l'Omo, Ethiopie

Labret de lèvre en argile patiné par le portage et décoré de belles gravures typiques de la Vallée de l'Omo dont les significations s'il y a, nous échappent.

6cm de diamètre.

Datation inconnue.

 

 

 

 

Le Labret.

Quels sont les critères de beauté pour trouver un mari dans la vallée de l’Omo, en Ethiopie ? Les mères mursi les connaissent : elles portent dans leurs lèvres inférieures un grand plateau de bois ou d’argile.

Les mères apprennent à leurs filles, à l’âge de 15 ou 16 ans, à déformer leur lèvre inférieure à partir d’un trou percé : il est étiré aves des rondelles de bois ou de poterie dont elles augmentent progressivement le diamètre. Certaines filles persévèrent jusqu’à ce que leur lèvre accepte des disques de 12 cm de diamètre !

Pourquoi modifier la forme de la bouche ? On dit souvent que la taille du disque est liée à la dot du mariage : plus le plateau à lèvre de la fiancée est large, plus la dot en bétail apportée par le futur mari est importante. En réalité, le montant de la dot à payer par les familles a déjà été décidé avant même que les lèvres ne soient coupées. On dit aussi que les femmes et les filles se défiguraient volontairement dans le but de se rendre moins attrayantes pour les marchands d’esclaves. Cette idée ne tient pas la route quand on sait que cette pratique ne se limite ni aux femmes, ni à l’Afrique. Parmi les Karapayo du Brésil, les hommes âgés portent un plateau dans la lèvre inférieure. Raoni, un vieux chef Kayapo, était présent en France il y a peu de temps et portait avec fierté son disque sur tous les plateaux de télévision. A croire que les grands esprits se rencontrent !

Quelle signification lui donnent alors les Mursi ? C’est une parure de séduction, tout comme les bijoux et les peintures corporelles. Les lobes des oreilles sont aussi agrandis avec des petits disques de bois ou d’argile. Pour les Mursi, cet ensemble souligne la beauté du visage. C’est aussi un symbole qui signale aux membres de la communauté les femmes arrivées à l'âge d'avoir des enfants.

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MURSI SURMA / ETHIOPIE
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MURSI SURMA / ETHIOPIE
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MURSI SURMA / ETHIOPIE
MURSI SURMA / ETHIOPIE

BIEN QU’ELLES NE SOIENT PAS DE NATURE FÉROCE ET QU’ELLES SE MONTRENT MOINS BELLIQUEUSES QUE LES MONTAGNARDS, CES TRIBUS SAUVAGES ONT DES TENDANCES DÉTESTABLES ET DES HABITUDES BESTIALES. LEURS GUERRIERS CONNAISSENT SI BIEN LES BOIS QU’ILS N’ONT PAS LEURS PAREILS POUR TRAMER DES GUET-APENS...»

 

LES MURSI

Voici en quels termes les rapporteurs de l’expédition Bottego décrivaient les Mursi (alors appelés Murzu), qu’ils avaient eu l’occasion de rencontrer durant leur descente vers le lac Turkana en août 1896. D’après les cartes dressées par Teleki et Donaldson Smith quelques années plus tôt, ce peuple aurait dû se trouver beaucoup plus au sud, par-delà la rive droite de 1’Omo. En fait, une série de conflits entre tribus voisines et les migrations qui s’en étaient suivies l’avaient amené à s’installer au nord du grand méandre du fleuve avant sa confluence avec le Mago. Cette région de hauts plateaux et de collines culminant aux alentours de mille mètres d’altitude domine les plaines insalubres du Mago National Park, où la malaria et la trypanosomiase dissuadent toute colonisation permanente des vallées et des berges fluviales. Et cela d’autant plus que le surpâturage a transformé de vastes prairies en une épaisse brousse épineuse que ni hommes ni bêtes ne peuvent pénétrer.

Dans ce cadre impitoyable aux ressources minimes règne une rivalité sans merci, la razzia étant l’unique stratégie de survie. Ainsi les Mursi — trois mille individus environ — sont-ils en état de guerre permanent avec les Bodi et les Hamar, eux-mêmes ennemis, et sous la menace constante des Nyangatom. Dans leurs combats, les morts se comptent chaque année par centaines.

Alliances, trahisons, incursions soudaines se succèdent sans répit suivant une logique qui désigne le dernier vainqueur comme la cible immédiate des autres. La situation d’antan a encore empiré depuis qu’aux lances et aux meurtrières armes blanches sont venues s’adjoindre les armes à feu, d’antiques mousquets datant de l’occupation italienne voisinant avec les plus sophistiqués des récents modèles à répétition. Si les touristes et leurs appareils photo sont tolérés, c’est seulement parce qu’ils représentent une source d’argent facile, extorquée sans trop de mal et qui permet l’acquisition d’armes et de munitions supplémentaires. Les Mursi sont de redoutables guerriers qui considèrent le meurtre, pourvu qu’il soit commis hors du cercle tribal, comme un fait d’arme digne d’honneurs. Chacune des scarifications voyantes en forme de fer à cheval qui ornent leurs membres représente un ennemi tué. Etant donné la violence qui règne dans cette région, les hommes les plus valeureux n’ont très vite plus de place sur les bras pour leurs lugubres décorations, qui bientôt gagnent toute la surface du corps. Ces hommes belliqueux font cependant une exception pour leurs voisins, les Kwegu, une petite ethnie de cultivateurs et de chasseurs avec qui ils entretiennent des relations non seulement paisibles, mais protectrices. Les Kwegu ne possèdent pas de bétail, mais ils en reconnaissent la valeur car il constitue chez eux —comme chez la plupart des peuples du voisinage — une part importante de la dot à verser en échange d’une femme. Ce sont donc les Mursi qui leur procurent les bêtes nécessaires ; ils vont même jusqu’à mener pour eux toutes les tractations de mariage, et assurent en outre la protection de ces « clients ». En échange les Kwegu, qui se sont arrogé le titre de « maîtres des pirogues », leur fournissent un certain nombre de denrées et de services : miel, gibier et transports fluviaux. Si, à première vue, les Kwegu semblent soumis à ces bienveillants tuteurs, la réalité, beaucoup plus complexe, s’articule sur un ensemble d’intérêts mutuels bien compris. Chacun des deux groupes joue en effet un rôle indispensable au bien-être commun, et tire de cette collaboration des avantages réciproques sans porter atteinte à son identité.

Jalouse de son isolement, impitoyable envers les intrus, la société mursi jouit d’une relative harmonie intérieure. Ies désaccords et les problèmes sont discutés au cours de réunions animées, généralement tenues à ciel ouvert à l’ombre d’un grand arbre. Chacun peut dire son mot et développer son point de vue. L’habileté oratoire est si appréciée que les rassemblements finissent par se transformer en véritables spectacles d’art dramatique où la rhétorique est reine. Le mot de la fin revient aux anciens, réputés pour leur expérience et leur sagesse.

L’exubérance des jeunes gens, impatients de démontrer leur virilité, trouve un exutoire dans les duels entre classes d’âge prévus plusieurs fois par an. Le donga, joute à la perche également pratiquée par les Surma, est le plus célèbre de ces tournois. La foule entoure le terrain de terre battue au centre duquel s’affrontent les participants, armés d’une fine perche de bois dur de plus de deux mètres de long et dont l’extrémité est sculptée en forme de phallus. D’épaisses bandes de coton leur protègent la tête et le cou, tandis que des corbillons de fibres végétales leur couvrent le dos des mains, les coudes et les genoux. Le but n’est pas de tuer ou de blesser, mais de prouver son agilité, sa dextérité. Non qu’il n’y ait dans ces combats ni risques ni sang versé, mais les blessures infligées ne sont jamais mortelles. D’ailleurs, en cas d’homicide, même involontaire, la sanction est terrible, sans appel: exclusion définitive du village après confiscation des biens. Le tournoi se déroule par éliminations successives de dizaines de concurrents, et le vainqueur est porté en triomphe jusqu’aux limites de l’arène où l’attend un groupe de jeunes filles parées pour la fête. L’une d’elles le choisit pour époux.

Les déformations physiques que s’imposent les femmes mursi pour porter leur large labret sont aux yeux de leurs hommes des signes d’élégance et de prestige. Pour ménager l’espace nécessaire à l’installation du disque de bois ou de terre cuite, il faut extraire les incisives inférieures, une opération douloureuse exécutée à l’aide d’un ciseau rudimentaire. Outre l’étirement excessif des tissus, cette pratique rend la parole difficile et gêne les fonctions physiologiques normales, comme boire et manger. Le plateau mesure parfois vingt centimètres de diamètre, bien que la coutume aille en déclinant.

La tradition du percement des lèvres pour y insérer des formes décoratives est répandue dans bien des régions d’Afrique mais, avec les Sara-Kobo du Tchad, les femmes mursi sont les seules à utiliser de si gros objets. On a cru pendant un temps qu’en défigurant les femmes le labret diminuait leur valeur marchande, les protégeant ainsi des chasseurs d’esclaves. Si tel avait été le cas, les hommes aussi s’y seraient astreints. Cette théorie semble donc erronée, d’autant qu’il faut beaucoup de temps pour obtenir une telle déformation des lèvres : des mois sont nécessaires pour agrandir peu à peu le trou en y introduisant des disques de bois au diamètre toujours plus grand... Il eut fallu que les Mursi, repliés dans leur monde inaccessible, aient pu prévoir l’arrivée des trafiquants longtemps avant qu’ils ne se présentent. La vérité est, fort probablement, beaucoup plus simple. Les orifices du corps, pour de nombreux peuples africains, constituent des voies par lesquelles les esprits malins peuvent investir une personne, aussi en défendent-ils l’accès à l’aide de divers objets. Pourquoi alors ces objets à fonction spirituelle ne pourraient-ils être considérés comme des parures ? Pourquoi l’émulation et la volonté de se distinguer d’autrui n’auraient-elles pas amené peu à peu celles qui les portaient à augmenter le diamètre des plateaux jusqu’à ce qu’ils atteignent leur taille actuelle ? Quoi qu’il en soit, ce que notre regard occidental considère comme une abomination dépourvue de sens est aux Mursi motif d’orgueil et symbole de beauté.

Source inconnue.

Lien vers la source / (Page 11)

Quelques photos du peuple Mursi et Surma par la photographe Eric Lafforgue.

Lien vers les galeries photo ci dessous / Omo Valley Ethiopia

MURSI SURMA / ETHIOPIE
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isa bet47 13/11/2014 22:06

J'ai deja vu de nombreuses fois les trés belles photos de éric Lafforgue. Votre site est d'une grande beautée, ont y découvre des objets incroyables, des peuples inconnus et toutes les explications sur leurs coutumes. Merveilleux. Qu'elle bonne idée de mettre en parallèle les objets d'art et ces admirables photos.